Entropie Tiède

Regardez-les. Ces prétendus « capitaines d’industrie » qui s’agitent dans leurs tours de verre à La Défense, persuadés de sculpter l’avenir alors qu’ils ne font que brasser de l’air vicié. Ils nous rabâchent les oreilles avec la « croissance organique » et la « pérennité des structures », comme si une entreprise était une cathédrale de marbre immuable. Quelle blague. La gestion moderne, avec ses tableurs Excel et ses séminaires de motivation, n’est rien d’autre qu’une tentative désespérée et suante de nier la seconde loi de la thermodynamique. Ils parlent de stabilité ? Laissez-moi rire. La stabilité, c’est la mort thermique. C’est l’encéphalogramme plat.

Ce qu’ils appellent « stabilité », c’est comme ce kebab bon marché que vous avez avalé hier soir à deux heures du matin : il ne mûrit pas dans votre estomac, il pourrit. C’est une décomposition que l’on essaie de vendre comme de la « maturation ». Une organisation n’est pas un solide, c’est une structure dissipative, au sens le plus sale du terme, une sorte de tourbillon dans un évier bouché. Pour maintenir son semblant de forme, elle doit dévorer des quantités astronomiques d’énergie — votre stress, votre temps, votre âme — et recracher un désordre indescriptible dans l’environnement.

C’est d’un ridicule achevé. On essaie de nous vendre la « culture d’entreprise » comme le ciment de cette structure chancelante. Mais soyons sérieux une seconde. Cette « culture » n’est qu’un vernis sémantique, une hallucination collective conçue pour masquer l’odeur de brûlé. La loyauté dont ils parlent n’est qu’un bug neurologique, une persistance rétinienne de l’instinct grégaire qui vous pousse à rester assis dans un bureau open-space mal ventilé alors que chaque cellule de votre corps hurle de fuir. C’est une hypnose de masse qui calcine les parois de votre estomac et transforme vos dimanches soirs en une longue angoisse pré-traumatique. Vous sacrifiez vos heures de sommeil, vous négligez vos enfants, et pour quoi ? Pour financer l’achat d’une [chaise ergonomique hors de prix](https://example.com/ergonomic-chair) sur laquelle un vice-président incompétent posera son séant pour signer votre lettre de licenciement dans trois ans.

Je veux rentrer chez moi. Ce vin est bouchonné.

Le système ne cherche pas à créer de la valeur, il cherche simplement à retarder l’équilibre thermodynamique final. C’est de la mécanique des fluides pour les nuls. La « responsabilité sociale » n’est que la soupape de sécurité qui empêche la chaudière d’exploser et de repeindre les murs avec les tripes de l’organisation. Si vous ne réinjectez pas un peu de cohérence — ou du moins, l’illusion de cohérence — dans le milieu extérieur, le retour de flamme entropique vous désintègre. C’est comme ces grèves du RER B : une rupture de symétrie brutale qui rappelle à tout le monde que le système ne tient que par la peur et l’habitude.

Observez ces cadres moyens qui tentent de conjurer le sort en s’achetant des totems de pouvoir. Ils arborent au poignet une [montre de plongée suisse](https://example.com/status-watch) capable de résister à 300 mètres de profondeur, alors que le seul liquide qu’ils affronteront jamais est le café tiède de la machine à 40 centimes qui tache leur chemise. Ils pensent que l’objet, par sa masse et son prix indécent, va ancrer leur autorité dans la durée, figer le temps qui file. Mais c’est vain. C’est aussi futile que d’essayer de lisser un ticket de métro mouillé qui a passé trois jours dans une poche de pantalon.

L’information, cette grandeur que l’on croit accumuler dans des serveurs cloud, n’est que le négatif de l’entropie. Plus on communique, plus on produit de bruit. Les réunions de « vision stratégique » sont des cérémonies païennes où l’on brûle du temps pour générer de la chaleur humaine artificielle. On agite les mains, on invoque la synergie, on dessine des courbes qui montent vers la droite, alors que la seule réalité physique de la pièce, c’est l’augmentation du taux de CO2 et l’ennui mortel qui s’infiltre sous les portes. Nous ne construisons rien. Nous sommes des employés de la voirie cosmique, balayant la poussière d’un côté à l’autre en attendant que le vent se lève. Tout ce théâtre pour masquer une vérité simple : le travail est une résistance futile contre la dispersion. C’est l’absurde élevé au rang de science de gestion, un spectacle où l’on applaudit la performance du moteur pendant que le réservoir fuit de partout et que la carrosserie rouille sur place.

Pathétique.

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